dimanche 15 novembre 2015

Les boucs émissaires de Paris

Les boucs émissaires de Paris

   Le philosophe Raphaël Glucksmann (fils d’André récemment décédé) était à peu près le seul à dire quelque chose d’un peu intelligent dans le fatras de propos tenus samedi soir lors d’un On n’est pas couché improvisé en direct.
   
   L’Etat islamique n’a pas du tout frappé «à l’aveugle» ­– la cible était aussi choisie que les dessinateurs de Charlie-Hebdo en janvier dernier. Cette cible, comme l’explicite d’ailleurs très clairement le communiqué de l’Etat islamique, c’est notre mode de vie, celui qui a cours en Occident, qu’il s’agit de faire littéralement exploser de l’intérieur. Ce qui est attaqué, ce sont nos façons d’être. Ce que nous appelons des victimes innocentes, Daech l’appelle des idolâtres. Choc civilisationnel ? Oui, mais de l’ordre du sursaut. A quoi bon se demander si nous avons affaire à «une guerre de religion» ou à un conflit simplement politique et idéologique? Le choc est avant tout celui des valeurs. A cet égard, je mets ici en exergue quelques uns des propos tenus par René Girard dans l’entretien qu’on trouve plus bas sur ce blog :
   
   «Sur le plan de la pensée, de la science, de la technique, des formes sociales, il n’y a plus qu’une société aujourd’hui. Notre présent inouï est incompréhensible sans le christianisme, notre monde impensable sans lui. La société globale est là, issue de la désacralisation du monde par le christianisme, de l’exploration du réel et des techniques qui en sont nés. Les pays non chrétiens s’inscrivent eux-mêmes dans un univers christianisé. La planète entière fonctionne désormais à l’intérieur d’un système unique – ce qui ne signifie pas la fin de toute diversité. Le paradoxe du fondamentalisme, qu’il soit mahométan, hindou voire chrétien, est celui-ci : comment se fait-il que des religions qui se voudraient toutes singulières réagissent de la même façon rigide ? On dirait qu’elles réagissent à une force qui les affecte toutes de la même manière et par laquelle elles sont en situation défensive. Alors, quelle est cette force ? Je pense bien entendu que c’est la démythification d’origine chrétienne. Et la compréhension que même les plus grandes religions sont menacées par cette force.»
   
   Girard semblait s’en réjouir, voyant dans ce processus «une dimension apocalyptique» et «une actualisation historique de la Révélation.» Et s’il s’en réjouissait, c’est que, dans son idée, le christianisme renverse la problématique ancestrale du bouc émissaire : la révolution amenée depuis des siècles par le christianisme tiendrait en ceci que, dans cette religion, «le bouc émissaire est innocent.» Manifestement, l’Etat islamique ne partage pas du tout cette vision-là.  





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