dimanche 22 mai 2016

Elisabeth Kübler-Ross va bientôt mourir et danse avec les loups

(Reportage Flashback No 2) 

ELISABETH KÜBLER-ROSS VA BIENTÔT MOURIR ET DANSE AVEC LES LOUPS

Frappée d'une attaque cérébrale qui l'a laissée presque entièrement paralysée, elle vit au milieu du désert d'Arizona, seule, à une heure et demie de route de Phoenix, près de Scottsdale. 
La route de terre au bout de laquelle se trouve sa maison ne porte ni nom ni numéro. Seuls un teepee et un totem indien signalent l'endroit. Des chimes – petites tubulures qui s'entrechoquent, agitées par le vent – répandent un son magique dans le silence général. Partout alentour, des cactus candélabres (organ pipe) pointent vers le ciel.
Elle qui a consacré sa vie aux mourants et qui n'a jamais craint de parler de la mort en face se trouve elle-même aujourd'hui devant l'ultime échéance.

J'avais craint de ne jamais trouver sa maison. Sa voix était si faible hier au téléphone, et les indications si peu précises: une heure et demie de route au nord de Phoenix, quelque part il fallait tourner à droite, puis à gauche, après quoi je devais suivre une piste de terre  («a dirty road») sans nom jusqu'à un écriteau portant simplement son nom, Elisabeth, écrit en caractère penchés et suivi d'une flèche. «Je suis sûr que vous trouverez, m'avait-elle dit, vous ne pouvez pas le manquer.»
J'ai trouvé. J'ai poussé la porte qui reste toujours ouverte. Elisabeth était là, allongée dans une grande pièce, près de la baie vitrée donnant sur le désert. Je me suis approché en saluant au passage Ana, une jeune Mexicaine qui vient quatre fois par semaine lui apporter quelque aide. Elisabeth, elle, ne bouge plus de sa couche. Un déambulateur lui permet de gagner son lit, à deux mètres de sa couche, pour y passer la nuit. Elle a fait installer une cuvette de WC directement à côté de son lit. La maison est pleine de fleurs, de photos, de souvenirs. Elisabeth gît sur sa couche, petite et menue dans tout ce bric-à-brac. La voix est très lasse et très faible, elle s'interrompt souvent, elle remue constamment la jambe droite, elle a mal. Il est dix heures du matin.






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