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L'infâme R.J. Photo copyright J.-F. Duval |
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Marie ou les petits bonheurs d'un nihiliste. Photo copyright J.-F. Duval |
De l’influence des intellectuels sur
les talons aiguille, le dernier livre
de Roland Jaccard est un livre consolant (tout juste paru chez Pierre-Guillaume
de Roux).
D’abord,
quelques citations, en vrac :
«Il n’y aura même pas de malentendus à
mon sujet : il aimait les jeunes Asiatiques, les piscines, le tennis de
table et les échecs.»
«Et je ne peux même pas me targuer
d’avoir laissé un chef d’œuvre derrière moi comme Adolphe de Benjamin
Constant.»
«Je me demande parfois comment j’ai pu
être aussi cynique dans ma vie érotique tout en dégoulinant de sentimentalité».
«Et si j’étais franc… Il est difficile
de l’être, et sans doute, bientôt, ce ne sera
même plus possible.»
«Surtout ne rien retenir de l’Histoire.
Surtout éviter les conflits. Surtout faire du pacifisme un nouvel idéal.»
«S’il est une catégorie d’individus
dont il faut se garder, ce sont les briseurs d’illusions. Je le proclame
d’autant plus volontiers que j’appartiens à cette lamentable espèce
d’idéalistes déçus reconvertis dans le cynisme goguenard.»
A
l’heure où de manière tout aussi iconoclaste, les djihadistes de Daech dynamitent
les statues de Palmyre et font sauter le concept de civilisation, la plume de l’infâme R.J. s’attache à joyeusement démolir
avec une même vigueur tout sérieux espoir de croyances possibles, y compris celles
qu’il défend lui-même. De l’influence des
intellectuels sur les talons aiguille rassemble une cinquantaine des
chroniques qu’il a publiées dans le magazine Causeur, depuis que celui-ci a été lancé par Elisabeth Lévy. On y
retrouve le styliste qui fait flèche de tout bois, l’auteur d’aphorismes qui
dort avec un volume de Cioran et son colt 45 sous l’oreiller.
Bien entendu, dans la meilleure tradition de
son compatriote Amiel, il y parle parfois de lui, pour rappeler par exemple ce
propos qu’aimait à lui tenir sa mère lorsqu’il avait douze ans : ««Ne
cherche pas le bonheur, Roland, ça va juste te rendre encore plus malheureux.»
Mais il nous entretient de bien d’autres
sujets encore, et fatalement du meilleur des mondes possibles que, d’après lui,
nous réserve l’Islam. S’il feint de s’en alarmer très sérieusement (mais le
feint-il ?), c’est que dans ce monde qui nous échoit, il faut bien prendre
le parti d’adopter une posture. R.J. se risque donc à l’affirmer : «L’agonie
d’une civilisation tient aussi au fait qu’elle a perdu ses défenses
immunitaires (…) elle est devenue totalement nihiliste, mais d’un nihilisme qui
est de l’ordre du renoncement parfois, de la bêtise souvent, de la lâcheté
toujours. Au fond, personne ne veut croire que nous sommes en guerre. On
privilégie le vivre-ensemble, la tolérance, voire une neutralité
bienveillante.»
Comme le voulait Cioran, l’Occident est
foutu. Logiquement, pour un nihiliste, pas de quoi fouetter un chat. La
disparition de l’espèce humaine n’est-elle pas au fond la meilleure chose qui
puisse lui arriver ? Ne faut-il pas se féliciter que cette extinction débute
par celle de quelques Lumières qu’on s’est péniblement efforçé d’allumer voici 250
ans ?
Et puis, cette extinction de l’espèce, il
faut bien qu’elle commence quelque part et à un moment donné: pourquoi pas
par nous, peuples «hautement civilisés», mais aussi tellement fatigués ?
Nous, Occidentaux, avons eu notre part d’histoire. Largement. A d’autres de
faire leur tour de piste, de bâtir de nouvelles illusions, de monter sur scène,
d’occuper le théâtre, de bâtir le monde selon leur imaginaire. Qu’elles durent le
temps qu’elles veulent, ces illusions (deux mille, trois mille ans ou davantage),
elles aussi se fatigueront, et finiront par s’effacer comme toutes celles qui
les ont précédées.
On se le demande donc : pourquoi R. J.
s’évertue-t-il à nous mettre en garde contre quoi que ce soit, fût-ce
l’islam ? Disons que R.J. est très attaché aux façons de disparaître.
A cet égard, R.J. est un épicurien. Ne salopons pas le boulot. Pas question de
se livrer à ce genre d’opération sans goûter, dans le même temps, à quelque
sorbet au citron. Disparaissons, mais avec légèreté. La chose est trop
délicieuse pour qu’on la laisse à des gâche-métier.
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