lundi 19 septembre 2016

Bukowski poète, la pomme



la pomme

ce n’est pas juste une pomme
c’est une expérience
rouge verte jaune
avec des fosses sous-jacentes de blanc
mouillée d’eau froide
je lui mords dedans
dieu, une entrée blanche…

autre bouchée
mâchée
je pense à une vieille sorcière
s’étouffant à mort avec une pelure de pomme –
une histoire de l’enfance.

je mords profond
mâche et avale

il y a une sensation de chutes d’eau
et d’infinité

il y a un mélange d’électricité et
d’espoir

pourtant maintenant
arrivé à la moitié de la pomme
des sentiments déprimants commencent

ça se termine
je m’avance vers le trognon
avec la peur des pépins et des queues

il y a une marche funèbre éclatant à Venice,
un vieil homme noir est mort après toute une vie de souffrance

je jette la pomme prématurément
alors qu’une fille en robe blanche passe devant ma fenêtre
suivie d’un garçon deux fois moins grand qu’elle
en pantalon bleu et chemise
à rayures

je lâche un petit rot
et regarde fixement un cendrier
sale.


Copyright Yves Sarda pour la traduction française 

samedi 3 septembre 2016

Souvenirs de Nicolas Bouvier, avec sa femme Eliane

Avec Nicolas Bouvier. Photo copyright Erling Mandelmann



J'ai un peu connu Nicolas Bouvier. Il m'a envoyé un joli mot – de sa très belle écriture calligraphiée – à la parution de mon premier livre.  J'en suis encore ravi.

Par la suite, milieu des années 80, j'ai vécu à deux pas de l'endroit où il travaillait, à Carouge. Souvent, nous nous retrouvions en fin de journée à la poste du coin, où chacun postait ses envois; il n'y débarquait pas toujours très sobre, c'était très drôle d'y faire longuement la queue côte à côte.  On avait le temps de refaire le monde et la littérature.

Nous avons déjeuné ensemble, évoqué les profs qu'il avait connus vingt ans avant moi  au Collège Calvin, dans la haute ville de Genève. A propos de son livre sur la vanille «Une orchidée qu'on appela Vanille», je lui ai rappelé l'existence de Georges Limbour et de son roman «Les Vanilliers» (1938) que Jean Starobinski avait beaucoup apprécié (s'étonnant justement que Bouvier ait oublié de le mentionner dans son propre ouvrage). (C'est d'autant plus surprenant que «La chasse au mérou» de Limbour, paru en 1963, en même temps que «L'Usage du monde», est l'un des plus beaux romans sur le voyage qu'on puisse lire).

Nicolas Bouvier fut aussi l'iconographe de la luxueuse revue «Le Temps stratégique», dirigée par Claude Monnier qui vient de mourir, à laquelle je collaborais. Je lui dois d'avoir magnifiquement illustré certaines de mes contributions, notamment un portrait de Cioran, en 1985, que jusqu'alors, m'avoua-t-il, il ne connaissait pas. S'il me doit la lecture de Cioran, je lui dois l'émerveillement que j'ai éprouvé à la sortie de son «Poisson-scorpion» en 1982 : voilà un livre qui, dès les premières lignes et comme ceux de Kerouac, donnait envie de se mettre à écrire toutes affaires cessantes.

Début des années 90, quand Bouvier, grâce au Festival de St Malo et à sa bande d'amis «pirates» (comme il les appelait – Lapouge, Le Bris, etc) a enfin été pleinement reconnu en France, j'avais déménagé à Cologny (près Genève aussi) et là encore, le hasard faisait que je me retrouvais à deux pas de son domicile privé, de «la Chambre rouge» (entièrement peinte en rouge vif) où il écrivait avec vue sur la campagne tout alentour.

C'est là, dans cette jolie petite maison, que j'ai rencontré Eliane Bouvier quelques années après sa mort, et qu'elle m'a accordé l'entretien qu'on peut lire ci-dessous.






samedi 20 août 2016


Quand l'émission TV «Des mots de minuit» m'invite pour parler de la Beat Generation




CLIQUER SUR LE LIEN CI-DESSOUS, LAISSER DEFILER LA PUB, PUIS DEPLACER LE CURSEUR POUR SAUTER A
LA 34ème MINUTE DE L'EMISSION:

http://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/videotheque/desmotsdeminuit-457-lalgerie-la-beat-generation-une-americaine-au-francais-226615






vendredi 1 juillet 2016

Tout savoir sur la Beat Generation

TOUT CE QU'IL FAUT SAVOIR SUR LA BEAT GENERATION EN 30 MINUTES AUDIO:

POUR ECOUTER L'EMISSION, CLIQUER SUR: 







Egalement, quelques reflets en images de l'expo qui se tient actuellement au Centre Pompidou sur la Beat Generation.

Par exemple, une reproduction de la fameuse Dreamachine mise au point par Brion Gysin et Ian Sommerville au «Beat Hotel» de la rue Gît-le-Cœur:





Les premiers visiteurs:




Les espadrilles de Jack sur le Pic de la Désolation (en 1956) 




Quelques huiles de Kerouac: 

Le portrait représenterait l'actrice Joan Crawford.




Burroughs vu par Jack Kerouac:



Jack circa 1959:




jeudi 23 juin 2016

LA BEAT GENERATION AU CENTRE POMPIDOU

ALLEZ UN COUP DE PUB !

Exposition sur la Beat Generation au Centre Pompidou jusqu'en octobre prochain.
Et ce 29 juin dans L'Express, «La Beat Generation bande-t-elle encore ?»

Cocorico: Ci-dessous: le drapeau tricolore célèbre le passage, jadis, des clochards célestes au Beat Hotel de la rue Gît-le-Cœur (c'était en 1957-58-59)






Pour écouter ce que j'ai à en dire, aux côtés de Julien Delmaire et de la merveilleuse chanteuse Brisa Roché (accompagnée par son guitariste barbu), écouter l'émission Ping Pong sur France Culture en cliquant sur le lien: 


De g. à dr.: Julien Delmaire, Brisa Roché, son guitariste, Jean-François Duval.


A lire:



Chic, on n'a pas oublié Bukowski, jugé un si lointain cousin des Beats que sa présence se résume à celle de mon livre sur un rayon de bibliothèque:



Le fameux rouleau de «Sur la route», tel qu'exposé au Centre Pompidou. A contempler comme le Saint Suaire...



Last but not least. Il n'est pas trop trop tard pour rafraîchir vos connaissances:





jeudi 16 juin 2016

Tarzan, reviens !

MODERNITE DE TARZAN

Je suis ravi que Boris Cyrulnik, dans son dernier livre consacré à l'importance des héros, fasse l'apologie de Tarzan (j'espère simplement qu'il pense davantage au personnage créé dans ses romans par Edgar Rice Burroughs plutôt qu'aux avatars qu'en ont donné le cinéma et la BD).

Ci-dessous, on trouvera l'entretien que j'avais réalisé sur Tarzan avec 
Roger Boulay, commissaire d'une exposition consacrée à ce héros au Musée Branly.

Déjà en 1912, E. R. Burroughs, avec une intuition déconcertante, jugeait 
très probable l'existence de plusieurs espèces humaines, c'est-à-dire d'une humanité «buissonnière» dont homo sapiens n'a été (et ne reste aujourd'hui) que la dernière incarnation.

E. R. Burroughs avait bien sûr lu Darwin; son Tarzan est éminemment une 
figure rousseauiste. (Et même Voltaire l'aurait adoré, nous dit Roger Boulay, pour la façon dont le personnage se joue de tous les fanatismes).

Tarzan est un héros authentiquement américain,

naturellement et écologiquement autarcique, incarnant plusieurs dimensions de l'homme dont Thoreau et son maître Emerson avaient esquissé les traits.

Si E. R. Burroughs était encore en vie, pas de doute, il ajouterait encore un titre à sa série de 28 romans (dont le dernier nous dépeint les actions de Tarzan pendant la Deuxième guerre  mondiale, pendant la guerre du Pacifique).  
Titre: Tarzan contre DaechD'abord fait prisonnier par Daech, sur le point d'être décapité devant les caméras du monde entier, Tarzan, au bout de 200 pages, trouverait enfin le truc pour faire dégringoler l'Etat islamique et le rendre à son Néant.  






dimanche 12 juin 2016

Bukowski poète, un mot sur les lettres d'amour de Beethoven

un mot sur les lettres d’amour
de Beethoven 


qu’on y pense : si Ludwig vivait aujourd’hui
et faisait des virées en voiture de sport
rouge
capote baissée
il embarquerait toutes ces folles
peaux de vache sur les boulevards
on aurait de la musique comme on
n’en a jamais entendu avant
mais il trouverait quand même jamais
au grand jamais sa
Bien-Aimée.

Copyright Yves Sarda pour la traduction française



lundi 30 mai 2016

Shérif Arpaio. Au bagne en Arizona

MAIS POUR QUI DONC VOTERA LE SHERIF ARPAIO ?

Reportage Flashback No 3 (Texte et photos Jean-François Duval)





dimanche 22 mai 2016

Elisabeth Kübler-Ross va bientôt mourir et danse avec les loups

(Reportage Flashback No 2) 

ELISABETH KÜBLER-ROSS VA BIENTÔT MOURIR ET DANSE AVEC LES LOUPS

Frappée d'une attaque cérébrale qui l'a laissée presque entièrement paralysée, elle vit au milieu du désert d'Arizona, seule, à une heure et demie de route de Phoenix, près de Scottsdale. 
La route de terre au bout de laquelle se trouve sa maison ne porte ni nom ni numéro. Seuls un teepee et un totem indien signalent l'endroit. Des chimes – petites tubulures qui s'entrechoquent, agitées par le vent – répandent un son magique dans le silence général. Partout alentour, des cactus candélabres (organ pipe) pointent vers le ciel.
Elle qui a consacré sa vie aux mourants et qui n'a jamais craint de parler de la mort en face se trouve elle-même aujourd'hui devant l'ultime échéance.

J'avais craint de ne jamais trouver sa maison. Sa voix était si faible hier au téléphone, et les indications si peu précises: une heure et demie de route au nord de Phoenix, quelque part il fallait tourner à droite, puis à gauche, après quoi je devais suivre une piste de terre  («a dirty road») sans nom jusqu'à un écriteau portant simplement son nom, Elisabeth, écrit en caractère penchés et suivi d'une flèche. «Je suis sûr que vous trouverez, m'avait-elle dit, vous ne pouvez pas le manquer.»
J'ai trouvé. J'ai poussé la porte qui reste toujours ouverte. Elisabeth était là, allongée dans une grande pièce, près de la baie vitrée donnant sur le désert. Je me suis approché en saluant au passage Ana, une jeune Mexicaine qui vient quatre fois par semaine lui apporter quelque aide. Elisabeth, elle, ne bouge plus de sa couche. Un déambulateur lui permet de gagner son lit, à deux mètres de sa couche, pour y passer la nuit. Elle a fait installer une cuvette de WC directement à côté de son lit. La maison est pleine de fleurs, de photos, de souvenirs. Elisabeth gît sur sa couche, petite et menue dans tout ce bric-à-brac. La voix est très lasse et très faible, elle s'interrompt souvent, elle remue constamment la jambe droite, elle a mal. Il est dix heures du matin.






jeudi 19 mai 2016

Tabarini, Claude, poète

Pour les «happy few», signalons la parution aux éditions Héros-Limite du nouveau livre de Claude Tabarini, «Rue des Gares et autres lieux rêvés». «Taba» est aujourd'hui LE poète de Genève, autant que l'était Georges Haldas, qui d'ailleurs, le premier, le publia dans la collection qu'il dirigeait à L'Age d'Homme.

«Rue des Gares et autres lieux rêvés» tient en quelque 80 courtes proses, où Genève et ses lieux se révèlent dans ce que Haldas, justement, appelait «l'état de poésie». C'est un livre dont cependant on ne peut se contenter, car les «happy few» ne sauraient faire l'économie des recueils de poèmes précédemment publiés par Tabarini, également chez Héros-Limite, qui ont pour titres: «La Lyre du jour» (2012, «Le garnement qui aimait la cuisine rapide» (2004), ou «Le pêcheur de Haridelles» (2004). 

Ci-dessous, sous forme d'article, notre rencontre avec l'ami «Taba», tel que nous l'avons croisé dans les couloirs du temps, peu importe quand.