mercredi 30 mai 2018

APHORISMES D'ESPERET



Mon ami Jean-Michel Esperet, spécialiste ès Vince Taylor, publie « DISSIDENCES: APHORISMES ET DIVERSIONS » aux éd. Socialinfo. Le magazine ROCK online KR'TNT lui consacre un bel éloge. Lire ci-dessous:
KR'TNT !
KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME     LIVRAISON 376
DISSIDENCES
APHORISMES ET DIVERSIONS
JEAN-MICHEL ESPERET

(Lausanne, Editions SOCIALINFO / 2018 )
Troisième livre de Jean-Michel Esperet que nous chroniquons dans Kr'tnt ! Le Dernier Come-back de Vince Taylor ( aux Editions de L'Ecarlate ) dans notre livraison 142 du 02 / 05 / 2013, et L'Être et le Néon ( toujours aux Editions de L'Ecarlate ) dans la livraison 301 du 03 / 11 / 2016, où Jean-Michel Esperet opérait de sentencieuses collusions entre Jean-Paul Sartre et l’ange noir du rock’n’roll.
Dans ces «Dissidences : aphorismes et diversions» , Vince Taylor n'est plus là, Jean-Michel Esperet prend la parole en son propre nom. L'aurait pu nous promener dans les images d'Epinal de sa vie de rocker - il a enregistré sous son propre nom - mais non, l'a décidé d'aller au plus profond, de quitter l'écume évènementielle pour nous faire part de sa Weltanschauung, sa vision du monde pour parler en bon français, mais si j'emploie le terme philosophique allemand ce n'est pas par hasard, mais selon la référence épigraphique et explicite à Georg Christoph Litchenberg, cet inventeur littéraire du couteau (nous préciserons suisse puisque le livre est édité à Lausanne ) sans manche à qui il manque la lame.
Marcel Proust s'était rendu compte que les choses et la vie ne valent que par l'endroit – du côté de... pour reprendre son expression - d'où on les regarde, l'en a noirci des milliers de feuilles, Jean-Michel Esperet s'est voulu plus expéditif, l'a choisi l'aphorisme. Genre philosophico-littéraire à deux têtes, l'une qui tient de la foudre lorsqu'il est manié avec tonitruance, l'autre des points de suspension lorsque l'on veut suggérer plus que l'on ne dit. A notre humble avis – et au contraire de ce que proclame Jean-François Duval dans sa savante introduction - Nietzsche, adepte de la première morsure, est bien plus opératif que Cioran qui vise à la décomposition insidieuse et non à la destruction à coups de marteaux.
Les anciens grecs partageaient la vie en deux tronçons, l'initial qui monte vers l'acmé, le point culminant de l'existence, et le déclinal qui nous transbahute vers notre amphore cinéraire. Jean-Michel Esperet nous parle près du terme final, ne s'en cache pas, garde son humour, suggère à la standardiste de l'hôpital de lui réserver une chambre froide pour son repos post-opératoire... L'a déjà ingurgité une bonne dose de vie Jean-Michel Esperet, l'en tire des conclusions, qui lui appartiennent.
Surtout ne les prenez pas pour des leçons. L'a ses idées, ses jugements, ses répulsions, ses références, ses préférences, mais il ne ne les érige pas en vérités éternelles. S'élève d'ailleurs très logiquement et très longuement contre toute prétention religieuse à détenir la Vérité. Les religions révélées en prennent pour leur grade. Judaïsme, christianisme et islamisme sont tour à tour durement malmenés. Fait même une petite parenthèse spéciale – Suisse oblige - pour le calvinisme. Il déteste les dogmes, les prêtres et la bêtise des croyants. De toutes obédiences.
N'a point une trop bonne opinion des hommes non plus. Ne le crie pas sur le toit de ses aphorismes. Mais cela s'entend cruellement : « L'idiot du village se sentirait moins seul en ville. » ou « Autrui me décourage de tromper ma solitude. ». L'aime bien, avec ce soupçon d'injustice expéditive des plus jouissifs, être cruel : « Ce sont les rondeurs des mères qui poussent leurs filles à l'anorexie. » Taille dans le vif des préventions et des idées toutes faites. Part du principe qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer.
N'aime guère les jérémiades. Dénonce vertement les intellectuels de gauche. Ne cherche pas d'excuses aux comportement humains. C'est en ces instants que l'on peut faire à Jean-Michel Esperet le reproche d'un glissement de pensée du politique vers l'idéologie, cette dernière se contentant de dénoncer les faits – c'est-à-dire les effets - sans s'attaquer aux causes qui les engendrent. La critique du productivisme capitaliste n'est jamais pris en compte dans ces Dissidences. C'est dommage, il faut aussi bien se garder à droite qu'à gauche. Sans quoi l'on passe de la dissidence à l'expression de son opinion. Car toute dissidence se doit de se porter aussi bien envers les autres qu'envers soi-même. Même le couteau de Lichtenberg doit être retourné contre soi.
Reste les Diversions. Petites anecdotes insérées dans la trame des aphorismes. Empruntées à sa vie personnelle ou à diverses publications. Il est étrange de voir comment notre personnalité se bâtit selon certains mini-évènements, que nous élisons hautement significatifs, ou sur de courtes informations diverses qui nous semblent des plus emblématiques. Trois fois rien, si l'on y songe. Mais à force d'additionner les riens, l'on atteint au nihilisme. L'on y accède par le chemin d'épines de la vieillesse pour se retrouver face à face avec le rire squelettique de la mort. Désagréable situation à laquelle Jean-Michel Esperet a la délicatesse de répondre par un sourire. Sardonique. Rien ne vaut une cuillerée aphoristique pour faire passer l'amertume de la potion.
Que voulez-vous Jean-Michel Esperet préfère hurler avec le Howlin' Wolf que pleurnicher avec cette chienne de vie !
Damie Chad

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