samedi 3 septembre 2016

Souvenirs de Nicolas Bouvier, avec sa femme Eliane

Avec Nicolas Bouvier. Photo copyright Erling Mandelmann



J'ai un peu connu Nicolas Bouvier. Il m'a envoyé un joli mot – de sa très belle écriture calligraphiée – à la parution de mon premier livre.  J'en suis encore ravi.

Par la suite, milieu des années 80, j'ai vécu à deux pas de l'endroit où il travaillait, à Carouge. Souvent, nous nous retrouvions en fin de journée à la poste du coin, où chacun postait ses envois; il n'y débarquait pas toujours très sobre, c'était très drôle d'y faire longuement la queue côte à côte.  On avait le temps de refaire le monde et la littérature.

Nous avons déjeuné ensemble, évoqué les profs qu'il avait connus vingt ans avant moi  au Collège Calvin, dans la haute ville de Genève. A propos de son livre sur la vanille «Une orchidée qu'on appela Vanille», je lui ai rappelé l'existence de Georges Limbour et de son roman «Les Vanilliers» (1938) que Jean Starobinski avait beaucoup apprécié (s'étonnant justement que Bouvier ait oublié de le mentionner dans son propre ouvrage). (C'est d'autant plus surprenant que «La chasse au mérou» de Limbour, paru en 1963, en même temps que «L'Usage du monde», est l'un des plus beaux romans sur le voyage qu'on puisse lire).

Nicolas Bouvier fut aussi l'iconographe de la luxueuse revue «Le Temps stratégique», dirigée par Claude Monnier qui vient de mourir, à laquelle je collaborais. Je lui dois d'avoir magnifiquement illustré certaines de mes contributions, notamment un portrait de Cioran, en 1985, que jusqu'alors, m'avoua-t-il, il ne connaissait pas. S'il me doit la lecture de Cioran, je lui dois l'émerveillement que j'ai éprouvé à la sortie de son «Poisson-scorpion» en 1982 : voilà un livre qui, dès les premières lignes et comme ceux de Kerouac, donnait envie de se mettre à écrire toutes affaires cessantes.

Début des années 90, quand Bouvier, grâce au Festival de St Malo et à sa bande d'amis «pirates» (comme il les appelait – Lapouge, Le Bris, etc) a enfin été pleinement reconnu en France, j'avais déménagé à Cologny (près Genève aussi) et là encore, le hasard faisait que je me retrouvais à deux pas de son domicile privé, de «la Chambre rouge» (entièrement peinte en rouge vif) où il écrivait avec vue sur la campagne tout alentour.

C'est là, dans cette jolie petite maison, que j'ai rencontré Eliane Bouvier quelques années après sa mort, et qu'elle m'a accordé l'entretien qu'on peut lire ci-dessous.






3 commentaires:

  1. Merci à vous de m'avoir fait part de votre plaisir à cette lecture!

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  2. Je suis arrivé sur votre site il y a peu de temps grâce à celui de Frédéric Schiffter. De vous je retrouve dans ma bibliothèque "Buk et les Beats". Je vais le relire, j'admire Bukowski et je vois que vous postez des poèmes. Encore merci!
    Une petite information, samedi je serai à Paris ( j'habite à l'étranger) pour un voyage express et peut-être aurais-je la possibilité de voir l'exposition à Beaubourg sur les Beats, et je vous sais l'auteur du livre Kerouac et la Beat Generation, alors pouvez-vous m'indiquer une librairie où je suis certain de trouver le livre...
    Cordialement

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